Encore une nuit de cauchemars. Depuis plus d’un an je ne rêvais plus, je ne cauchemardais plus, je laissais simplement les évènements glisser sur moi, je m’étais résolu à la médiocrité de ma vie en dehors du travail, et je m’étais enfoncé jusqu’au cou dans ma vie professionnelle.
Mais depuis deux mois tout ça change doucement, je sais que je ne suis pas là où je devrais, je n’ai aucune influence sur le cours des évènements, je bosse dans un de ces trop nombreux services de l’Etat qui a connu une certaine heure de gloire et qui agonise doucement sans que personne n’ose tailler dans le vif. De gâchis d’argent en décisions absurdes je regarde la branche pourrir sans réellement redouter le jour où elle cassera, qui s’en soucie ? Je finis par laisser de la latitude à ma chef adorée, je la laisse faire toutes les bêtises qu’elle veut, je me tais, je code un peu dans mon coin, hallelujah. Je commence à comprendre la réputation qui colle à la peau des fonctionnaires, à l’observer, à sentir cette lassitude et à leur pardonner, quelque part je me dégoûte, je me résigne, c’est bien qu’il faut que je change d’air.
Quand la nuit me tombe dessus sans crier gare, je ne rêve toujours pas, je préfère être poursuivi par ma fille qui me vouvoie et veut me planter un couteau dans le ventre. Voir Eric laisser tomber un immense planning de khôlles dans une flaque au milieu du terrain de foot du lycée. Etre enrôlé de force dans une milice sénégalaise et participer horrifié à des combats sanglants. Me torturer avec une comparaison irrationnelle entre mes relations actuelles et la dualité législatif-judiciaire, comme si j’avais 41 de fièvre. Certains jours je garde juste les yeux ouverts des heures, je sens la fatigue monter, mais elle ne sera assez forte que le lendemain en pleine journée dans mon bureau, bad timing. Parfois je dors d’une traite pendant 15h, et je fous en l’air toutes mes chances de trouver un rythme les 3 ou 5 jours suivants.
Mais heureusement il y a des nuits magiques, douces, calmes, où ma main est faite prisonnière, où je ne peux pas bouger, où mon ventre reste noué de bonheur, où je reste là pétrifié, où le moindre cauchemar est immédiatement terrassé par un peu de chaleur, un coup d’oeil, rien du tout au fond. C’est terriblement niais d’écrire ce genre de trucs, mieux vaut en profiter ! Hélas, 3 fois hélas (merci Gérard), sans vinaigre le miel n’est pas le miel, la solitude revient beaucoup trop fort à mon goût, le rêve permanent s’échappe, déserte, et il ne tient plus qu’à un fil, à une fenêtre idiote qu’on rate parfois, je nous en veux de la rater, ça m’empêche de respirer. Ces changements de rythmes sont éprouvants mais ils vont bientôt se calmer, heureusement pfiou.
Cela dit bizarrement je me sens fort et serein dans l’ensemble. La dernière fois que je me suis senti fort et serein je suis parti droit dans le mur, toi-même tu sais quand c’était, mais pire que tout, les quelques pas qui m’en séparaient (du mur) ont été sans saveur. Aujourd’hui je ne sais toujours pas évaluer les distances, mais j’ai le ventre vrié, le sourire aux lèvres, et je prie pour que le mur recule et recule. Tu t’es pris un peu trop de baffes toi disait l’autre. Je me suis surtout pris des briques dans la tête. Et pourtant je suis près pour la prochaine, même pas peur, en espérant qu’elle n’arrive pas trop vite.
Sur ce, je vais faire la sieste et penser très fort à la théorie des cordes, à la relativité restreinte, et à ce que je vais bouffer ce soir. Hasta la vista !
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