jbbarth's corner

Allez rire

Le pire c’est que tu temps d’Arrêt sur Images sur la 5, j’estimais ce monsieur. Mais là, je trouve cette interview affligeante sur les 2/3 de sa longueur. Merci soeurette de me l’avoir montrée, ça réveille de lire des raccourcis intellectuels de ce genre, ça tire à la malhonnêteté intellectuelle ou à l’incompétence. La France avance…

Morceaux choisis.

Ce que nous avons révélé sur le site d’Arrêt sur images, c’est que cette information avait bien été donnée au cours d’un déjeuner avec nos deux confrères, par Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée. La précision, à mes yeux, est importante. Cela veut dire que c’est l’Elysée qui communique directement sur cette enquête policière. Si cette piste devait se dégonfler, l’Elysée porterait donc la responsabilité directe d’avoir manipulé la presse.

Merveilleux. Effaçons vite ces stupides différences entre personne, fonction, et institution, elles nuisent à la compréhension des moutons citoyens.

Or, en lisant de près la transcription des propos qui a été faite par Le Monde, on reconnaît facilement le style oral relâché qui caractérise Nicolas Sarkozy. Donc, c’est bien Sarkozy lui-même qui, selon ce que dit implicitement Le Monde, délivre ces révélations importantes.

Ah ça c’est du journalisme, du grand, du beau, de la déduction qui laisse sur le cul, du genre qu’on met plusieurs années d’études à sortir. L’Elysée dispose d’un bon millier de fonctionnaires, mais non, on lit 3 bouts de phrase, on fait une analyse de style, et hop, c’est peut-être Sarko, son style, oui non… Un coup de ponctuation… Suspense… Ah bah oui, la phrase d’après, c’est sûr ! Le couperet est tombé, c’est bien Sarkozy lui-même. Epatant. D’une rigueur intellectuelle à vous couper le souffle.

D’une manière générale, il me semble que pendant toute cette année le pouvoir est assez bien parvenu à essouffler les journalistes. Ils sont peut être encore plus essoufflés que d’habitude.

D’une manière générale, il me semble que beaucoup de journalistes s’essoufflent tous seuls à ne jamais mettre la moindre information en perspective, à trier bêtement des communiqués de presse et les assembler comme un Lego, à manquer de culture dans le domaine qu’ils investiguent, bref à jouir d’une rente de situation plutôt intolérable. Ils mettent tout leur orgueil à remettre en question le pouvoir depuis des décennies, ça leur donne de l’importance, et bien je suis ravi que par les temps qui courent ils soient eux aussi remis en question, sur la sellette, bien incapables d’arguer d’une quelconque atteinte à leur liberté d’expression quand tout, désormais, même le pire, est librement diffusé. Il y a d’ailleurs là une vraie question que je serais bien incapable de trancher : toute cette médiatisation a-t-elle un quelconque intérêt ? Est-elle bénéfique ? Comment le citoyen peut-il développer sa réflexion avec autant de bruit ambiant sur tout et n’importe quoi ?

Curieusement, certains blogs à but non lucratif apportent énormément de matière, ils nous apprennent le droit, le fonctionnement de l’Assemblée et du Sénat, nous éclairent sur les tracasseries et enjeux des media, parlent de politique générale, de communication, des élections américaines. De l’autre côté, la presse traditionnelle, souvent de qualité, est en train de mourir à cause des nouvelles technologies. Et au milieu, les organes informatiques de ces mêmes quotidiens nous abreuvent tous les jours de leur lot d’information non vérifiée, approximative, partielle, bref, sans intérêt. On en finit par craindre que ça déteigne sur la presse papier agonisante…

Certains parlent d’une guerre entre les journalistes et les blogueurs, j’avoue que je m’en fous complètement. Ce dont je ne me fous pas, en revanche, c’est que l’on soit toujours dans le registre du sensationnel et que les sites d’info ressemblent de plus en plus aux chaines de spam que me transmet parfois ma mère. Le sensationnel, l’esbrouffe avant tout. On répand des rumeurs, on force les traits, on joue sur les mots, on en galvaude le sens, on passe par dessus les principes, ou parfois, bêtement, on se trompe tellement on veut vendre (confondre la ville et la province du Québec, fallait le faire…). Dernier exemple en date côté informatique (le seul terrain que je prétends maitriser un peu), ce ramassis de conneries.

Je parlais tout à l’heure d’essoufflement. Et il me semble que la pression que subissent les journalistes sous cette présidence-là est plutôt de cet ordre-là. Les pressions-menaces ont toujours existé. Elles sont moins fréquentes qu’on ne l’imagine. Les pressions-séduction sont elles plus fréquentes qu’on ne l’imagine, au contraire. Elles sont peut-être plus fréquentes sous cette présidence que sous la précédente. Mais elles étaient très vives sous la présidence Mitterrand. Qu’il s’agisse de séduction intellectuelle ou d’osmose politique, Mitterrand tenait aussi beaucoup de journalistes politiques sous sa coupe.
Le phénomène nouveau avec Sarkozy, c’est vraiment l’essoufflement. Pour revenir aux deux affaires précédentes que nous avons abordées au début de ce chat, il me semble qu’elles marquent une évolution. Jusqu’alors la communication sarkozyenne se faisait dans une transparence affectée. Pour la première fois, on voit Sarkozy, ou l’un de ses collaborateurs, demander le off, c’est-à-dire ne pas assumer de donner directement les informations qu’il donne. Peut-être sont-ils en train de revenir à une forme plus traditionnelle de la communication du pouvoir.

Là pour le coup, c’est mesuré, construit, on y croit volontiers et il y a une analyse derrière, alors je ne vais pas être de mauvaise foi, je vais lever mon carton “10/10” de l’école des fans, sans toutefois préjuger de la véracité des propos. Histoire de finir sur une note positive.

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